2.10.09

Introspection

Vendredi (dernier).
16h10, les derniers élèves sortent, je rentre dans mes pensées, range machinalement sort, ferme la porte, souriant déjà à l’idée de passer faire un petit coucou au, CPE du collège avec qui je m’entends très bien, avant qu’il ne soit entraîné dans le tourbillon des élèves qui se ruent au portail..
Et puis devant sa porte non, finalement, il n’est pas là. Pas grave, je lui laisse un petit mot pour lui souhaiter bon week-end, et je quitte la salle de profs.
Arriver à la voiture en passant au milieu des élèves déjà sortis, ouvrir et sentir la chaleur s’exhaler comme d’un four, tout en me réjouissant des rayons de l’astre solaire qui durent et nous font croire encore, à l’été.
Démarrer. Sortir de la bourgade vers les jolis chemins arborés de la RN. Ecouter distraitement la radio : France Culture est à l’ENS, je l’avais déjà entendu ce matin à l’aller, je raccroche le soir, tout en me demandant si je ne vais pas entendre mon prof de Maîtrise, ancien élève de l’ENS, et prof à la Sorbonne, maintenant. Ecouter un peu, rouler, tourner, admirer les grands platanes, les couleurs à peine changeantes des feuilles. Penser à ce prof me ramène inévitablement à cette période mouvementée de ma vie (jeunesse ?), à la fac. Un garçon qui a beaucoup compté, et puis l’Italie, où j’ai fini ma maîtrise, et dans laquelle j’avais déjà un pied quand j’ai passé ma soutenance.. A mon grand étonnement, à l’issue de l’oral, ce prof m’avait demandé si je m’orientais vers un DESS ou un DEA, alors que j’avais l’impression de ne pas pouvoir y prétendre et que j’avais déjà plié bagages pour l’Italie.. Reste la satisfaction intime et dérisoire d’en avoir été jugée digne.
Bref, entendre parler de l’ENS me ramène 10 ans en arrière et imprime à mes pensées une tonalité légèrement nostalgique.
Je flotte, suivant le cours de mes pensées comme le ruban de la route qui se déroule devant moi. Je croise des images qui m’interpellent..
16h30 Ce jeune garçon, d’une dizaine d’années, dans le plus joli village de ma route, debout devant une porte. Le temps que je le dépasse, il a sorti une clef et s’apprête à ouvrir la porte. Il habite juste à quelques mètres de l’école, de l’autre côté de la route. On doit s’y sentir plus en sécurité, non, quand l’école fait partie du paysage familier au point que l’on peut y aller ou la voir à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit ?
La cantine, moi petite.. Symptomatique de cette distance entre ma maison et l’école, de tout ce temps de la journée hors de la maison. Je n’aimais pas ce qu’on y mangeait, mais j’avais plaisir à y retrouver mes plus petits frères et sœurs, garder un œil sur eux et m’en sentir responsable un peu..
Habiter en face de l’école pour moi, c’est un peu comme habiter suffisamment près d’un lieu de travail pour rentrer manger chez moi à midi, un luxe, une pause dans les journées souvent trop longues.
Un peu plus loin, une maison que je regarde tous les matins : une de celles que l’on avait envisagé d’acheter. Je ne l’ai pas visitée, mais mon homme oui, et s’il n’était pas totalement emballé, je sais quand-même qu’elle avait un beau potentiel, (en dehors du fait qu’elle est au bord de la route). Et de fait, elle est vendue. Les nouveaux propriétaires ont fait des travaux, j’aimerais bien voir ce qu’ils en ont fait.. Et puis elle est pile à mi-chemin entre notre appart et mon travail, y vivre aurait divisé par deux mon temps de trajet..
Sortie du village, c’est de nouveau la campagne. Quelques magnifiques portails s’ouvrent le long de la route, sur des parcs aux arbres pluricentenaires : quelles demeures s’y cachent ? Pouvoir m’arrêter à chaque portail, photographier ces piliers sculptés (et puis aussi, faire une typologie des piliers de portail, déformation professionnelle).
Depuis le projet d’acheter la maison, je les regarde d’un œil différent ces vieux piliers de pierre toute patinée.. Peut-être que nous pourrons avoir nos propres piliers taillés maison.. Ben oui, mon beau-père sait faire ça, et du coup mon mari aussi, et à part le temps que cela demande, ce serait chouette d’avoir de beaux piliers qui se patineront, à leur tour..
J’ai toujours envie de photo sur la route, et si je ne conduis pas, ça m’arrive d’en faire, au prix de moqueries de mon homme, les photos sont souvent floues... Tous les jours j’ai envie de fixer un moment, la vision d’une lumière ou d’un paysage familier.. différent, sous la brume, le soleil, les différentes heures… et mon humeur.
16h45. Dernier pont, un petit coup d’oeil au canal pour voir sa couleur et si le vent le plisse, et vite un autre coup d’oeil devant au point le plus haut du pont : on voit loin devant des bâtiment de ma ville que je ne situe pas très bien.. ça m’intrigue.. Mais tout de suite, la route redescend. C’est vendredi, je ne continue pas pour aller chez la nounou, je bifurque et je suis chez moi.
Les autres jours, je passe devant, en jetant un oeil envieux au parking, et aux stores déployés sur le balcon. il faut encore aller chercher la petite. Je commence à penser au plaisir de la retrouver, et les derniers kilomètres, dans la circulation urbaine se font plus pénibles. Encore 5 minutes, un feu, des ronds-points.. avant d’y être.
Je ne reviens vraiment sur Terre qu’en sortant de la voiture, chez la nounou. Là je sais que je suis arrivée, que l’on touche à la fin de la journée de travail. Je sais la surprise ravie qui est la sienne quand elle me voit arriver et court dans mes bras. Après, il faut juste la convaincre de laisser le jouet qu’elle a attrapé, (mission presque impossible) et l’emmener avec moi.

4 commentaires:

  1. C'est marrant, j'ai souvent des pensées disparates et rêveuses comme les tiennes en conduisant, souvent l'envie de faire des photos aussi mais le temps presse...et je me rends compte que la voiture me fait une belle coupure entre le boulot et la maison, une pause dont j'ai besoin pour retrouver les miens.

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  2. A cause de la circulation et de l'autoroute, ma pause voiture est un peu trop longue à mon goût mais c'est vrai que c'est un des rares moments où je suis seule avec mes pensées et rien que pour ça je positive. Je n'aimerais pas du tout être trop proche de mon boulot rien que pour ça.

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  3. C'est sublime, j'ai l'impression d'être assise à l'arrière de ta voiture et de regarder le paysage défiler.

    J'aime beaucoup cet instant suspendu, cet entre deux, entre toi, entre le temps.

    miam

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  4. Un bien joli réçit, merci pour ce doux voyage...

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